vendredi 19 juillet 2019

Saint Élie, fêté le 20 juillet

Saint Elie, Mt Carmel
Celui qui est un peu plus familier de l'histoire de l’Église et de notre ordre sait que nous honorons le prophète Élie comme notre guide et notre père. Mais on croit que c'est une «légende» sans grande signification. Nous qui vivons au Carmel et invoquons notre saint père Élie dans nos prières quotidiennes, nous savons qu'il n'est pas pour nous une vague figure d'un passé lointain. Son esprit demeure agissant parmi nous à travers une tradition vivante et il marque notre vie de son empreinte. Notre sainte mère a refusé catégoriquement d'être considérée comme la fondatrice d'un ordre nouveau. Elle ne voulait rien d'autre que faire renaître l'esprit originel de la règle primitive.

Dans la première parole que la sainte Écriture nous rapporte au sujet de notre père saint Élie, l'essentiel est exprimé en toute concision. Il déclare à l'idolâtre roi Achab: «Aussi vrai qu'il est vivant, le Seigneur, le Dieu d'Israël, devant la Face de qui je me tiens, il ne tombera ces années-ci ni rosée ni pluie, si ce n'est à ma parole.» (1 R 17,2)

Se tenir devant la Face du Dieu vivant, telle est notre vocation. La vie du saint prophète nous en fournit le modèle. Il se tenait devant la Face de Dieu, car c'était le trésor infini pour lequel il abandonna tous les biens terrestres. Il n'avait pas de maison; il habitait là où le Seigneur lui assignait sa place: dans la solitude près du torrent de Kérith, dans la maisonnette de la pauvre veuve à Sarepta de Sidon ou dans les grottes du Carmel. Son vêtement - comme celui de l'autre grand prophète et pénitent, le Baptiste - était une peau de bête : la peau d'un animal mort rappelle que le corps de l'homme aussi est voué à la mort. Élie ne se soucie pas du pain quotidien. Il vit dans la confiance en la providence du Père des cieux et il est miraculeusement nourri: un corbeau lui apporte au désert le repas de chaque jour; à Sarepta, il se nourrit des provisions de la pieuse veuve miraculeusement multipliées; un ange le réconforte avec le pain du ciel, avant la longue marche jusqu'à la sainte montagne où le Seigneur devait lui apparaître. Il est ainsi pour nous un modèle de la pauvreté évangélique, dont nous avons fait vœu, une authentique figure du Sauveur.

Blason CarmelÉlie se tient devant la Face de Dieu, car tout son amour est pour le Seigneur. Il vit en dehors de toute relation humaine naturelle.  Nous n'entendons nullement parler de père ni de mère, d'épouse ni d'enfant. Sa «famille» est formée de ceux qui, à son exemple, font la volonté du Père: Élisée, que Dieu lui a désigné comme successeur, et les «fils des prophètes» qui le suivent comme leur guide. L'honneur de son Dieu est sa joie; le zèle de son service le consume: «Je brûle d'un zèle ardent pour le Seigneur, le Dieu des armées!» (1 R 19, 10.14. Ces paroles ont été choisies comme devise dans le blason de l'Ordre.) Par sa vie de pénitence, il expie les péchés de son temps. L'affront infligé au Seigneur par l'idolâtrie du peuple égaré l'affecte si douloureusement qu'il souhaite mourir. Et le Seigneur le console comme il ne console que ses amis de prédilection: il lui apparaît lui-même sur une montagne solitaire, il se révèle à lui dans le doux murmure qui suit le déchaînement de l'orage et lui fait connaître sa volonté par des paroles claires.

Le prophète, qui sert le Seigneur avec une totale pureté de cœur et un détachement absolu de tout le créé, est aussi un modèle d'obéissance. Il se tient devant la Face de Dieu comme les anges devant le trône éternel: attentif au moindre signe de lui, toujours prêt à le servir. Il n'a d'autre volonté que celle de son Seigneur. Si Dieu l'ordonne, il se présente devant le roi et ose sans crainte lui transmettre de funestes messages propres à exciter sa haine. Si Dieu le veut, il se retire du pays devant la violence; pourtant, il revient de même sur l'ordre de Dieu, sans que le danger ait disparu.

Mais celui qui reste si inconditionnellement fidèle à Dieu peut être aussi assuré de la fidélité divine. Il peut parler comme «une personne qui a autorité», il peut fermer le ciel et l'ouvrir, commander aux flots de le laisser traverser à pied sec, il peut à son appel faire descendre le feu du ciel pour consumer son holocauste, accomplir la sentence de justice à l'encontre des ennemis de Dieu et insuffler à un mort une vie nouvelle. De tous les dons de grâce que le Sauveur a promis aux siens, nous voyons son précurseur comblé. Et la récompense suprême lui est encore réservée: sous les yeux de son fidèle disciple Élisée, il est enlevé sur un char de feu, en un endroit secret, loin de tous les lieux habités par les hommes. Selon le témoignage de l'Apocalypse, il reviendra quand la fin du monde sera proche, afin de souffrir le martyre pour son Seigneur dans la lutte contre l'Antéchrist.

(Edith Stein, Source Cachée, œuvres spirituelles, Éditions Ad Solem/Cerf 1998, p.  216-218)

Dieu éternel et tout-puissant, tu as donné au saint prophète Élie, notre Père,
de vivre en ta présence et tu l'as rempli du zèle de ta gloire:
Accorde à tes serviteurs de rechercher sans cesse ton visage
pour devenir ainsi les témoins de ton amour.
(Oraison de la messe)